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Octobre 2008

 

La crise automobile Canadienne et Américaine

Benoit Charette - Propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2009

Impossible d’y échapper, le secteur automobile est en difficulté, particulièrement aux Etats-Unis qui semblent à court de ressources pour endiguer la crise. Au-delà des constructeurs, la crise s’étend maintenant aux concessionnaires et aux consommateurs qui ont perdu confiance et ont stoppés net l’achat de biens, ce qui détériore encore un peu une situation très difficile. Mais si cela va mal aux Etats-Unis, fait-il s’attendre à vivre la même chose au Canada ?

Pas vraiment et voici quelques explications pour éclaircir un peu la situation.

Dans toute l’histoire de la crise de crédit aux Etats-Unis, il y a quelques éléments qui sont passés sous silence. Par exemple, plusieurs propriétaires de maisons qui ont négocié une 2e ou une 3e hypothèque ne l’ont pas fait pour remettre de l’argent sur la maison mais pour acheter un véhicule. En bout de piste, les économistes américains estiment que jusqu’à trois millions de véhicules ont été saisis, faute de paiements. L’accès trop facile au crédit à également coûté très cher aux constructeurs automobiles aux Etats-Unis. Heureusement, au Canada l’accès au crédit est plus difficile et nous ne vivons pas la même situation.

Il y a également un autre facteur à considérer, celui de la saturation de marché. Toute cette crise a mis au jour un grave problème de surconsommation aux Etats-Unis et le secteur automobile constitue un excellent exemple de cette situation. Pour bien prendre la mesure des excès américains, il faut noter que la famille américaine possède plus de voitures que de membres de la famille ayant un permis de conduire. Ce qui revient à dire que si vous avez trois membres d’une famille qui possède un permis de conduire, il y aura en moyenne quatre voitures. Au Canada, cette proportion est de 75%. Si vous avez quatre membres de la famille qui possèdent un permis, il y aura trois voitures. L’image est un peu simpliste, mais montre à quel point les Américains surconsomment. Avec la crise, il y a eu un arrêt quasi instantané et croyez-moi, à ce chapitre, la roue n’est pas prête à se remettre en marche. Les usines de fabrication vont connaître (ou connaissent déjà un sérieux ralentissement) et cela va continuer. Au Canada, nous n’avons pas atteint le point de saturation, ce qui explique qu’au lieu d’avoir une dégringolade de 25 à 30% dans les ventes, le Canada a progressé de 1,5% depuis le début de l’année 2008 et cette proportion grimpe à plus de 7% pour le Québec. Toutefois, au chapitre des usines d’assemblage, le Canada expédient 85% de sa production aux Etats-Unis et là, nous sommes directement affectés par la crise, l’Ontario a perdu la moitié de ses emplois automobiles dans les dernières années et n’a pas encore vu le fond du baril.

Pendant que les Américains cherchent des moyens de se débarrasser de leurs surplus de véhicules, les Canadiens se sont montrés plus sages. En se débarrassant d’une quantité importante de véhicules dans une période aussi courte, les consommateurs américains ont crée un surplus de véhicules d’occasion sur le marché, ce qui fait tomber les prix des véhicules d’occasion. Ce phénomène fait aussi en sorte que le prix des voitures d’échanges chute dramatiquement. Pendant un certain temps, les constructeurs automobiles arrivaient à contrebalancer les faibles prix des véhicules d’occasion en offrant de généreux rabais à l’achat de voitures neuves. Mais, les constructeurs sont à sec et les banques aussi, ce qui explique en partie la dégringolade dans le marché du neuf. Il y a du presque neuf pour une fraction du prix, c’est plutôt tentant. Encore une fois, cette situation est bien différente au Canada. Il y a bien un nombre supplémentaire de véhicules d’occasion sur la route, mais nous sommes loin de la crise de nos voisins, évitant ainsi le raz de marée, ce qui explique que la vente de voitures neuves va encore relativement bien dans les circonstances.

La principale crainte du monde automobile Canadien est le resserrement du crédit qui va nuire au réseau de concessionnaires qui a besoin de crédit pour financer les rénovations ou reconstruction de ses concessions. Ce resserrement va également vouloir dire que les consommateurs vont avoir plus de difficulté à obtenir du financement pour l’achat d’un véhicule, ce qui risque de faire diminuer les ventes. Une chose est certaine, il va y avoir un ralentissement, mais probablement pas la crise que les Etats-Unis connaissent.

 

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