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Un carburant à la hausse S.V.P.
Benoit Charette
La montée en flèche du prix de l’essence et la conjoncture économique aux Etats-Unis ont poussé les constructeurs au bord de la faillite. Ces mêmes constructeurs ont fait un pari vert au salon de l’auto de Détroit 2009. Pour une des très rare fois, on se montre visionnaire et l’on regarde l’horizon à long terme, chose très rare dans le monde automobile.
Tout le monde s’est passé le mot, de Chrysler à Ford, de GM à Toyota. Tous misent sur les véhicules hybrides, hybrides rechargeables ou 100% électrique avec certains des modèles qui arriveront dès l’an prochain. Le défi est maintenant de convaincre les acheteurs de payer plus pour cette nouvelle technologie. Ironiquement, le moment est bien mal choisi. En raison de la crise économique et d’une demande en chute libre, le prix du baril de pétrole a fondu comme neige au soleil. Lorsque le prix à la pompe a atteint les 1,50$ le litre en juillet, Toyota ne produisait pas assez de Prius pour fournir à la demande et Honda écoulait toutes ses Civic. L’an dernier au même salon de l’auto de Détroit, le numéro 2 chez GM Bob Lutz qui est reconnu pour son franc parlé avait admis que la pire chose qui pourrait arriver à GM avec cette nouvelle stratégie serait de voir le prix du gallon d’essence redescendre sous la barre des 1,50$. Le gallon de pétrole était à 1,75$ dans la ville de Détroit, il y a quelques jours et un peu moins en banlieue.
Depuis le retour à un prix plus réaliste du prix du carburant, Toyota a vu les ventes de Prius diminué de 65% et a décidé de stopper la construction d’une usine dédiée à la fabrication des Prius aux Etats-Unis. Cette usine d’assemblage était terminée à 90%. Malgré des ventes désastreuses aux Etats-Unis, le patron de Chrysler, Robert Nardelli admettait en conférence de presse lors du salon de Détroit que depuis la baisse des prix du pétrole 35% des acheteurs de gros utilitaires en rachètent un autre. Pourtant les médias avaient annoncé la mort des utilitaires l’été dernier. Ces exemples sont très révélateurs et démontrent à quel point il sera difficile de vendre au prix fort les nouvelles technologies hybrides aux automobilistes Américains. Les petites voitures n’ont jamais eu la cote aux Etats-Unis, mais pour une des rares fois, Détroit et ses constructeurs prennent un pari à long terme.
Une omission importante
Je crois qu’il faut d’une part applaudir cette initiative verte qui démontre enfin une certaine responsabilité environnementale, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Personne dans ses présentations n’a fait mention de prix pour l’acquisition de cette nouvelle technologie ou encore comment la société va créer un réseau pour supporter des véhicules entièrement électriques. Il est clair que la technologie hybride-essence est connue et la prime à l’achat va diminuer avec le volume grandissant de véhicules disponibles. Mais, n’oublions pas que le gouvernement canadien a cessé son programme d’aide le 31 décembre dernier et que plusieurs vont probablement réfléchir avant de dépenser un 4 000 ou 5 000$ supplémentaire. D’ici 2010, on parle de véhicules hybrides rechargeables, mais plusieurs spéculent encore sur le prix qui sera demandé pour ces véhicules. Les spécialistes évaluent que la batterie seule pourrait coûter jusqu’à 8 000$. La Volt est peut-être la planche de salut de GM, mais si la transaction s’élève à 40 000$, il n’y aura pas de bousculade chez les concessionnaires. Pour ce qui est du véhicule entièrement électrique, il est confiné à un rôle de niche. Les prix pour le moment sont hors de portée, le rayon d’action est limité, le réseau de recharge est inexistant, tout comme les fournisseurs et la formation est déficiente. Il y a trop à faire pour que cette technologie puisse prendre de l’expansion à court ou à moyen terme.
Remplir une promesse
Comme je le disais plus tôt, il faut tout de même saluer l’effort des constructeurs de miser sur l’avenir et de croire (avec raison) que le prix du pétrole va immanquablement remonté une fois que la crise financière sera résorbée. Les mauvaises langues affirment que les constructeurs américains ont présenté un bouquet de technologie verte pour remplir une promesse faite au gouvernement de devenir des compagnies plus responsables, avec une plus grande efficacité énergétique qui va contribuer à réduire la dépendance au pétrole.
Il faut donc que le prix du pétrole augmente
Il est clair que le prix relativement abordable du carburant en ce moment va retarder le développement des technologies vertes des différents constructeurs. « Il faut être conscient» de dire Bob Lutz «que ces changements vont coûter très cher et il faudra plusieurs années avant de récupérer notre mise». Alors tant et aussi longtemps que le climat ne sera pas favorable aux développements de ces technologies, nous continuerons de voir quelques modèles ici et là, mais il n’y aura pas de mise en chantier.
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